Il est des silences qui accusent. Des gestes qui trahissent. Et des comportements qui laissent planer une inquiétante question : à quoi jouent certaines autorités coutumières autour de la Réserve de Faune à Okapis (RFO) , ce joyau écologique en plein cœur de l’Ituri ?
Alors que la planète entière s’inquiète du réchauffement climatique, que les forêts équatoriales sont en recul, et que les espèces comme l’okapi – emblème national – sont menacées, voilà que des complicités locales sapent les efforts de conservation. Sous couvert d’« intérêts communautaires », certains chefs coutumiers semblent fermer les yeux – voire ouvrir les portes – à des exploitations illégales, à des trafics, ou à des installations humaines dans des zones protégées.
C’est grave. Très grave.
La RFO n’est pas un territoire ordinaire. C’est une aire classée, reconnue au patrimoine mondial, qui abrite une biodiversité unique au monde. C’est aussi un espace de recherche scientifique, de tourisme écologique potentiel et de fierté pour le pays. L’affaiblir, c’est hypothéquer non seulement l’environnement, mais aussi l’avenir socio-économique de toute une région.
Il ne s’agit pas ici d’accuser à l’aveuglette. Mais de poser une question de fond : quelle est la responsabilité morale des autorités coutumières quand il s’agit de l’héritage naturel de leur peuple ? Sont-elles là pour servir de relais à des intérêts obscurs, ou pour garantir l’équilibre entre traditions et durabilité ?
Les communautés riveraines ont un rôle à jouer, oui. Elles doivent être écoutées, impliquées, respectées. Mais elles ne peuvent être manipulées, ni instrumentalisées dans une logique à courte vue. La cohabitation entre humains et nature est possible, à condition que les leaders locaux deviennent des gardiens éclairés, et non des complices passifs ou actifs de sa destruction.
Il est encore temps de corriger le tir. De revenir à l’essence de la chefferie : protéger, transmettre, guider avec sagesse. L’okapi ne parle pas. Mais le jour où il disparaîtra, l’histoire jugera.
Andy Kambale Matuku


