La vérité, aussi dérangeante soit-elle, finit toujours par éclater. À travers la récente déclaration du Général Johnny Luboya Nkashama, gouverneur militaire de l’Ituri, le scandale des soldats fictifs au sein des FARDC a été révélé avec une rare franchise. En dénonçant publiquement l’existence de noms fantômes dans les effectifs de l’armée, le général n’a pas seulement pointé un dysfonctionnement : il a mis en lumière un système mafieux enraciné au cœur même de l’institution militaire.
Mais un autre fait, encore plus cruel, mérite d’être souligné : la suspension du paiement des ayants droit — veuves et orphelins de militaires tombés sur le champ d’honneur. Pendant que des fictifs encaissent illégalement des soldes, les familles des vrais héros de la nation sont abandonnées, privées de leur dû, humiliées par les lenteurs administratives et le mépris bureaucratique.
Le paradoxe est insoutenable. D’un côté, des individus sans existence réelle continuent de figurer sur les listes de paie. De l’autre, des femmes éplorées, des enfants sans soutien, sont rayés sans explication des listings, comme si le sacrifice de leurs pères n’avait plus aucune valeur.
La dénonciation du général Luboya doit donc servir de point de départ à une opération vérité dans les rangs de l’armée. Il ne suffit plus de pointer du doigt les fictifs ; il faut identifier les réseaux responsables, rétablir les ayants droit dans leur dignité et faire de la justice administrative une réalité.
Car tant que les veuves pleureront en silence pendant que d’autres détournent leurs allocations, le mot « honneur » ne pourra plus s’appliquer aux gestionnaires de cette armée.
Le général a eu le courage d’éventrer le boa. Il faut désormais nettoyer ses entrailles.


