SociétéBombo/Bandaka : Les églises engagées dans une concurrence de construction sans moyens

Bombo/Bandaka : Les églises engagées dans une concurrence de construction sans moyens

Dans les chefferies de Bombo et de Bandaka, situées dans la partie ouest du territoire de Mambasa, un phénomène de plus en plus préoccupant s’observe : la prolifération de chantiers de construction d’églises engagés sans moyens financiers suffisants et sans encadrement technique adéquat. Cette situation, longtemps banalisée, pose aujourd’hui de sérieux problèmes de sécurité et de responsabilité collective.

Dans cette partie de l’Ituri, les églises semblent engagées dans une concurrence silencieuse, mais visible, où chaque communauté religieuse cherche à ériger un édifice plus grand et plus imposant que celui du voisin. Cette course au gigantisme se fait cependant au mépris des réalités économiques locales. Les projets sont souvent lancés sans études de faisabilité, sans plans techniques validés et sans garanties financières durables. Les travaux avancent lentement, au rythme des quêtes dominicales et des contributions ponctuelles des fidèles, avant de s’arrêter brusquement faute de moyens.

Un exemple emblématique est celui d’un chantier de construction d’une église lancé en 2018 dans la chefferie de Bombo. Annoncé à l’époque comme un grand projet capable d’accueillir une foule importante de croyants, ce chantier est aujourd’hui complètement à l’arrêt. Les murs inachevés, les piliers exposés aux intempéries et l’absence totale de toiture traduisent l’échec d’une ambition mal planifiée. Avec le temps, le site est devenu un danger potentiel pour les riverains et un symbole d’un projet commencé sans vision réaliste.

Au-delà des chantiers abandonnés, certaines églises déjà en activité présentent des risques encore plus alarmants. À Niania, une église a récemment failli s’effondrer sur les fidèles en plein culte. Des fissures visibles sur les murs, une charpente fragilisée et des poteaux mal soutenus ont provoqué une situation de panique générale. Si aucun drame humain n’a été enregistré, cet incident a mis en évidence la vulnérabilité des croyants face à des constructions réalisées sans respect des normes élémentaires de sécurité.

Ces cas illustrent une réalité plus large observée dans plusieurs localités de Bombo et Bandaka. Des lieux de culte sont construits ou utilisés sans contrôle technique, exposant quotidiennement les fidèles à des accidents graves, particulièrement lors des grandes célébrations religieuses ou en période de fortes pluies. La foi, censée être un refuge spirituel, se transforme alors en source d’angoisse et de danger.

Par ailleurs, cette dynamique exerce une forte pression financière sur des communautés déjà économiquement fragiles. Les fidèles sont régulièrement sollicités pour contribuer à des chantiers interminables, souvent sans visibilité sur leur achèvement. Cette situation engendre lassitude, frustrations et parfois des divisions internes, affaiblissant le tissu social et la crédibilité des responsables religieux.

Face à cette réalité, la responsabilité ne peut incomber uniquement aux églises. Les autorités administratives, les services d’urbanisme, de sécurité et les entités territoriales décentralisées sont interpellés. Leur silence ou leur passivité face à ces constructions anarchiques contribue à la persistance du problème. Il est impératif que tout projet de construction d’église soit soumis à un contrôle rigoureux, incluant des plans techniques validés, des études de sécurité et la preuve de moyens financiers suffisants avant le début des travaux.

La situation observée à Bombo et Bandaka révèle un problème plus profond de gouvernance, de priorisation des besoins et de responsabilité collective. Les églises, malgré leur rôle spirituel et social fondamental, ne peuvent se soustraire aux exigences de sécurité et de bonne gestion. Construire sans planification ni encadrement revient à mettre sciemment en danger la vie des fidèles.

Il est temps que les responsables religieux revoient leurs ambitions et privilégient des projets réalistes, progressifs et conformes aux normes de construction. La foi ne se mesure ni à la hauteur des murs ni à la grandeur des bâtiments, mais à la capacité de protéger la vie humaine et de promouvoir le bien-être des communautés. De leur côté, les services habilités doivent assumer pleinement leur mission de contrôle afin d’éviter que des drames annoncés ne se produisent.

À Bombo et Bandaka, l’enjeu n’est donc pas de bâtir plus grand ou plus visible que l’autre, mais de bâtir de manière responsable, sûre et durable. À défaut, ces chantiers inachevés et ces édifices fragilisés resteront les témoins d’une concurrence stérile, où l’imprudence l’emporte sur la protection des fidèles.

Andy Kambale Matuku

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