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.​ÉDITORIAL | Ituri : 14 ans après la condamnation de Thomas Lubanga, l’ombre de la geurre plane toujours sur Djugu.

​Le 14 mars 2012, les dorures de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye semblaient annoncer une ère nouvelle. En condamnant Thomas Lubanga Dyilo pour l’enrôlement d’enfants-soldats, la justice internationale signait son premier grand acte de naissance. On célébrait alors la fin de l’impunité pour les seigneurs de guerre. Pourtant, quatorze ans plus tard, en Ituri, le fracas des armes couvre encore le silence des tribunaux.

​Si Thomas Lubanga a purgé sa peine, lui et son héritage de sang, ne semblent pas avoir connu de fin de mandat.

Aujourd’hui, le sigle a changé, mais la terreur reste la même. La Convention pour la Révolution Populaire (CRP) s’impose désormais comme la sinistre héritière de l’Union des Patriotes Congolais (UPC).

​Dans le territoire de Djugu, chefferie des Bahema Bajere jusqu’aux collines de Bule, le scénario est d’une répétition macabre. Meurtres de civils, villages incendiés et pillages systématiques ne sont pas que des faits divers ; ils sont les symptômes d’une gangrène que la justice internationale n’a fait qu’effleurer. Le recrutement de mineurs, crime pour lequel Lubanga fut condamné, demeure une monnaie d’échange courante pour une rébellion qui s’auto-alimente par l’exploitation illicite des sites miniers.

L’échec est ici patent : la sanction internationale n’a pas eu l’effet de catharsis espéré. Le procès de La Haye est resté une victoire de papier, une abstraction juridique déconnectée de la boue et du sang de l’Ituri.

​Le constat est amer : la justice ne peut transformer les dynamiques de violence si elle n’est pas soutenue par une population civile consciente et une autorité étatique forte.
​Tant que les rivalités communautaires seront instrumentalisées pour le contrôle de l’or et des terres, les verdicts internationaux ne seront perçus que comme des parenthèses administratives par les chefs de guerre locaux.

La prison ne soigne pas les racines d’un conflit ; elle n’en retire que les visages les plus visibles.

​Pour que l’Ituri cesse d’être le cimetière des espoirs de paix, le changement doit s’opérer sur le terrain, et non plus seulement dans les prétoires européens.

Pour nous, l’équation de la stabilité du territoire de Djugu repose sur quatre piliers non négociables :

  • la restauration de l’imperium de l’État : Une présence militaire et administrative dans chaque chefferie, secteur, groupement voir même village pour protéger le citoyen avant qu’il ne cherche refuge dans la milice.
  • ​Une justice de proximité : Compléter l’action de la CPI par une justice nationale robuste, capable de juger les exécutants et pas seulement les têtes d’affiche.
  • ​L’asphyxie financière : Un contrôle rigoureux des circuits miniers pour couper les vivres aux groupes armés.
  • ​La réconciliation profonde : Désamorcer les bombes identitaires par un dialogue communautaire sincère.

​Quatorze ans après Lubanga, la leçon est cruelle mais nécessaire : punir le crime est un devoir, mais construire la paix est une volonté politique. Sans une action structurelle sur les causes du conflit, l’histoire ne se contentera pas de se répéter en Ituri ; elle continuera de s’écrire avec le sang des innocents.

L’humanité a donc le pain sur la planche.

Jef.

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