Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) vient d’annoncer mettre fin officiellement à son appui au centre de santé de Rubingo, dans la chefferie des Bahema Boga (territoire d’Irumu) dans la province de l’Ituri. Cette décision qui intervient après une nette amélioration de la qualité des soins et des capacités de prise en charge au sein de cette structure autrefois fragilisée par les violences armées.
L’annonce a été faite mardi lors d’un point de presse par le chef de sous-délégation du CICR, Brou Célestin Peglan. Selon lui, le retrait de l’organisation s’explique par les progrès réalisés sur le terrain après quatre années d’accompagnement intensif.
« Le centre est désormais en mesure de fournir des soins de qualité. Le CICR doit à présent concentrer ses efforts sur d’autres zones encore fortement affectées par les conflits », a-t-il indiqué.
L’intervention du CICR à Rubingo remonte à mars 2022, en pleine dégradation de la situation sécuritaire en Ituri. Le centre de santé faisait alors face à de graves difficultés, notamment l’accès limité aux médicaments et l’afflux massif de déplacés.
Durant cette période, l’organisation humanitaire a assuré la gratuité des soins pour plusieurs catégories vulnérables, dont les enfants de moins de 15 ans, les femmes enceintes et les victimes de violences, l’approvisionnement régulier en médicaments et intrants médicaux, le renforcement des capacités du personnel soignant ainsi que la prise en charge des références vers l’hôpital général de Boga.
Le bilan de cette intervention est jugé largement positif : 57 885 patients ont bénéficié gratuitement des soins de santé primaires, 1 657 patients ont été référés vers l’hôpital général de Boga, 2 148 accouchements ont été pris en charge sans frais, 11 700 personnes ont eu accès aux services de santé mentale et de soutien psychosocial et 11 150 personnes ont été sensibilisées sur ces questions.
À cela s’ajoutent plusieurs réalisations concrètes, notamment la construction d’infrastructures sanitaires (latrines, zone de gestion des déchets et mur de clôture), la dotation d’un véhicule servant d’ambulance et l’organisation de formations pour le personnel médical.
Pour les bénéficiaires, cet appui a souvent fait la différence entre la vie et la mort. Un habitant de Boga témoigne :
« Ma femme devait subir une césarienne en urgence, mais je n’avais pas d’argent. Grâce au soutien du CICR, elle a été opérée et soignée gratuitement. Aujourd’hui, elle et notre enfant sont en vie. Je ne sais pas ce que nous serions devenus sans cette aide. »
Une autre bénéficiaire, une jeune mère de la région, raconte également son expérience :
« J’étais enceinte et je n’avais aucun moyen pour payer les soins. J’ai été suivie gratuitement jusqu’à mon accouchement. J’ai reçu des médicaments et un bon encadrement. Cela m’a vraiment soulagée dans une période très difficile. »
Pour les responsables du centre, cette évolution marque un tournant décisif. Sœur Modestine Ndjaleve D’si, infirmière titulaire, se réjouit de cette autonomie retrouvée : « Malgré les difficultés liées à l’insécurité, nous sommes aujourd’hui capables de prendre en charge la population. La situation s’est nettement améliorée. »
Le CICR insiste toutefois que ce désengagement ne marque pas la fin de sa présence dans la région. La note remise aux médias renseigne que le CICR poursuivra ses activités dans d’autres zones prioritaires de l’Ituri, notamment à Boga, Tchabi et dans le territoire de Djugu. Elle entend également continuer à soutenir les efforts de résilience des communautés locales et à suivre l’évolution de la situation humanitaire.
Le départ du CICR du centre de santé de Rubingo symbolise ainsi une transition réussie vers une autonomie progressive, dans une province encore marquée par l’instabilité mais où certains territoires commencent à retrouver une certaine stabilité. Présent en Ituri depuis plus de 20 ans, le CIRC intervient dans le domaine de l’accès aux soins de santé, à l’eau et dans la protection des civils. Cette organisation internationale est reconnue notamment pour ses efforts à réunir les membres de famille séparés suite aux conflits armés.
Andy Kambale Matuku


