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Édito : Attaque de Bafwakoa, quand le cœur du pouvoir coutumier Ndaka est profané

L’attaque de Bafwakoa dépasse de loin un simple épisode d’insécurité. Elle touche à l’âme même du peuple Ndaka. Située comme chef-lieu de Bandaka, cette localité n’est pas seulement un centre administratif : elle incarne l’histoire, la légitimité et la continuité du pouvoir coutumier. En s’en prenant à Bafwakoa, les assaillants ont frappé un symbole, un repère identitaire profondément enraciné dans la mémoire collective.

Bafwakoa est, en effet, le lieu où reposent les chefs coutumiers Ndaka. Ces sépultures ne sont pas de simples tombes : elles constituent des sanctuaires de mémoire, des lieux sacrés où se perpétue le lien entre les ancêtres et les vivants. Dans de nombreuses cultures congolaises, et particulièrement chez les Ndaka, les chefs défunts continuent d’exercer une autorité morale et spirituelle. Profaner ces lieux revient à rompre ce lien invisible mais fondamental qui structure la société.

Au-delà de sa dimension mémorielle, Bafwakoa est également le théâtre des rites d’intronisation des chefs coutumiers. C’est là que se transmet le pouvoir, selon des traditions séculaires, dans un cérémonial qui confère légitimité et reconnaissance au nouveau chef. Chaque intronisation à Bafwakoa n’est pas seulement un événement politique : c’est un acte sacré, un moment de communion entre les générations. Attaquer ce lieu, c’est tenter d’ébranler les fondements mêmes de l’autorité coutumière.

Ainsi, l’attaque de Bafwakoa peut être interprétée comme une volonté de déstabilisation profonde, visant non seulement les structures administratives, mais aussi les bases culturelles et symboliques du peuple Ndaka. Elle pose une question essentielle : peut-on réellement pacifier une région en ignorant ou en détruisant les repères identitaires de ses communautés ?

Dans un contexte sécuritaire déjà fragile dans l’est de la République démocratique du Congo, cet acte risque d’avoir des répercussions bien au-delà de Bandaka. Il alimente un sentiment d’insécurité culturelle, une peur de voir disparaître les fondements mêmes de l’identité Ndaka. Or, lorsqu’un peuple se sent attaqué dans son histoire et ses symboles, les conséquences peuvent être durables, voire irréversibles.

Face à cette situation, la réponse ne peut être uniquement militaire. Elle doit aussi être culturelle, sociale et politique. Protéger Bafwakoa, c’est protéger un patrimoine vivant, un pilier de la cohésion sociale. C’est reconnaître que la paix passe aussi par le respect et la préservation des identités locales.

L’attaque de Bafwakoa n’est donc pas un fait divers. Elle est un signal d’alarme. Car lorsqu’un symbole tombe, c’est tout un peuple qui vacille.

Cox Mussamba

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