Le refus exprimé par une frange de la jeunesse de Mambasa (Ituri) d’accueillir la MONUSCO, ce mardi 7 avril 2026, n’est ni un caprice, ni une simple posture émotionnelle. Il est le reflet d’un malaise profond, enraciné dans des années de désillusions, de promesses non tenues et d’un sentiment d’abandon face à l’horreur des violences perpétrées par les groupes armés qui pullulent dans l’Est du pays et plus particulièrement les Forces Democratiques Alliées (ADF).
Il faut avoir l’honnêteté de le dire : le bilan de la MONUSCO, aux yeux de nombreuses communautés locales, reste largement mitigé. Malgré des moyens considérables et une présence prolongée, la mission onusienne peine à convaincre de son efficacité dans la protection des civils. Pire encore, elle semble parfois déconnectée des réalités locales, évoluant dans un climat de méfiance généralisée qu’elle n’a ni anticipé, ni su désamorcer.
Dans un territoire comme Mambasa, où les populations vivent sous la menace constante des incursions meurtrières, chaque retard, chaque hésitation se paie en vies humaines. Et c’est précisément là que le bât blesse. Tandis que les communautés réclament une action militaire robuste et immédiate, l’administration des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) donne l’impression de s’enliser dans des lenteurs bureaucratiques, freinant le déploiement d’unités combattantes capables de traquer efficacement les ADF.
Ce décalage alimente une incompréhension profonde : comment expliquer que l’on tarde à envoyer des forces nationales au front, tout en facilitant l’arrivée d’une MONUSCO largement rejetée par la population ? Cette inversion des priorités, perçue ou réelle, renforce le sentiment d’abandon et d’impuissance des habitants.
Cependant, s’arrêter à ce constat, aussi légitime soit-il, serait une erreur stratégique.
Car la réalité est brutale : le contexte sécuritaire actuel ne laisse guère de place au luxe du rejet systématique. Mambasa, comme d’autres zones de l’Ituri, fait face à un ennemi insaisissable, mobile et particulièrement violent. Dans une telle configuration, refuser toute forme d’appui extérieur, même imparfait ou impopulaire, revient à se priver d’un levier potentiellement utile dans la lutte contre l’insécurité.
L’histoire des conflits nous enseigne une vérité difficile à accepter : dans les moments critiques, les alliances ne se nouent pas toujours par affinité, mais par nécessité. Même les partenaires les plus contestés peuvent, dans certaines circonstances, contribuer à contenir une menace plus grande.
Cela ne signifie pas qu’il faille absoudre la MONUSCO de ses insuffisances, ni renoncer à exiger des réformes profondes dans son mode d’intervention. Au contraire, l’exigence de résultats, de transparence et d’ancrage local doit être renforcée. Mais cette exigence doit aller de pair avec un pragmatisme lucide.
L’enjeu dépasse le débat sur la MONUSCO. Il pose une question plus fondamentale : comment concilier souveraineté, efficacité militaire et protection des populations dans un contexte d’urgence sécuritaire ?
La réponse ne se trouve ni dans le rejet systématique, ni dans l’acceptation aveugle. Elle réside dans une approche équilibrée : renforcer en priorité les capacités des FARDC, accélérer leur déploiement sur le terrain, tout en encadrant strictement l’appui international pour qu’il réponde réellement aux attentes des populations.
À Mambasa, l’heure n’est plus aux postures, mais aux choix difficiles. Entre dignité blessée et impératif de survie, il faut tracer une voie lucide.
Car au bout du compte, ce que réclament les populations n’est ni la présence d’un drapeau, ni celle d’un autre. Elles demandent, simplement, de vivre.
Cox Mussamba


