L’actualité judiciaire en République Démocratique du Congo vient de confirmer une convergence de vues frappante entre le contrôle parlementaire et l’action gouvernementale. Moins de deux semaines après que le député national Robert Angenong’a a exigé des clarifications sur la gestion de l’ICCN, le Ministère de la Justice ordonne une enquête officielle sur des soupçons de détournements massifs liés au FRIVAO.
Le 11 avril 2026, l’élu de Mahagi, Robert Angenong’a, montait au créneau. À travers un plaidoyer documenté, le député national interpellait l’opinion et les institutions sur l’opacité entourant la gestion de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN). Ses craintes portaient notamment sur la nature des partenariats et l’utilisation des ressources financières au sein des aires protégées.
Pour cet élu de l’Ituri, province meurtrie dont les victimes attendent désespérément les réparations de la guerre, chaque dollar décaissé doit répondre à un impératif de transparence et d’équité. Saisi, le Président de l’Assemblée nationale vient d’ailleurs d’enjoindre le deuxième vice-président de la représentation nationale à transmettre la question du député Robert Angenong’a, adressée à la ministre de l’environnement, au bureau d’études de l’assemblée nationale pour avis et considérations.
Alors que l’assemblée nationale examine l’alerte du député national, le ministère de la Justice vient également de s’intéresser à la question. Dans un communiqué daté du 22 avril 2026, le Cabinet du Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux, a enjoint le Procureur Général près la Cour de Cassation d’ouvrir des enquêtes judiciaires. Le document est accablant : il pointe un contrat conclu entre le Fonds de Réparation et d’Indemnisation des Victimes des Activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO) et l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) pour la réhabilitation du jardin zoologique de Kisangani.
Les conclusions de l’Inspection Générale des Finances (IGF), citées dans le communiqué, révèlent une discordance manifeste qui donne raison au député Angenong’a.
Alors que le montant initialement sollicité était de 700 000 USD, ce sont finalement 4 000 000 USD qui ont été décaissés, laissant un écart non justifié de 3 300 000 USD. Le ministère évoque de graves insuffisances en matière de contrôle, de traçabilité documentaire et de supervision technique, des faits qualifiés de détournement de deniers publics, corruption et concussion.
Ce télescopage entre le plaidoyer du député Robert Angenong’a et l’action du Ministre de la Justice marque un tournant dans la lutte contre l’impunité. Pour les populations de l’Ituri, représentées par l’élu de Mahagi, il s’agit d’un signal fort : l’argent destiné aux victimes ne peut plus être utilisé comme une ressource détournée pour des projets surfacturés.
Le député Angenong’a, par sa vigilance, s’impose comme un acteur clé du contrôle parlementaire, rappelant que la protection des droits des victimes et la probité demeurent les piliers indispensables de l’action publique. L’affaire est désormais entre les mains de la Cour de Cassation, mais le cri d’alarme poussé depuis Mahagi a trouvé un écho retentissant au Palais de Justice de Kinshasa.
Andy Kambale Matuku


