Le silence de la forêt Iturienne n’est plus celui de la sérénité, mais celui d’une angoisse sourde. Alors que les Forces Démocratiques Alliées (ADF) resserrent leur étau autour d’Epulu, quartier général de la Réserve de Faune à Okapis (RFO), une question brûlante s’impose : qu’attendons-nous pour agir avant que l’irréparable ne se produise ?
L’incendie aux portes du sanctuaire
La menace n’est plus une rumeur lointaine. Elle a désormais un nom et une proximité géographique glaçante : Salate. À moins de 50 kilomètres d’Epulu, le sang a coulé, des maisons ont été réduites en cendres et des véhicules calcinés témoignent de la barbarie. Une vie humaine a été fauchée. Pour les habitants de Mambasa, ce n’est pas seulement un énième fait divers, c’est un signal d’alarme strident envoyé aux autorités.
La léthargie du commandement : Une forêt abandonnée ?
Comment expliquer cette apparente passivité ? Pourquoi les forces de sécurité semblent-elles cantonnées à une posture défensive le long des axes routiers, laissant aux terroristes la liberté de manœuvrer dans les profondeurs de la forêt ?
La stratégie de « l’attentisme » ne protège personne. Traquer les ADF nécessite une immersion dans la jungle, là où ils se cachent, là où ils planifient la mort. La protection des civils est une obligation constitutionnelle, mais ici, elle se double d’un enjeu de souveraineté environnementale.
Le traumatisme de 2012 : Plus jamais ça
Le souvenir du 24 juin 2012 reste une plaie ouverte. L’attaque sanglante de Paul Sadala, alias Morgan, n’avait pas seulement visé des hommes ; elle s’était acharnée sur l’âme même de la RFO. Le massacre de 12 okapis captifs avait ému le monde entier, symbolisant l’impuissance de l’État face aux prédateurs de la République.
Aujourd’hui, trois okapis vivent en captivité à Epulu. Trois joyaux vivants, héritiers d’une espèce endémique que le monde nous envie. Laisser les ADF s’approcher davantage, c’est accepter de rejouer le scénario tragique d’il y a 14 ans. C’est accepter que l’histoire bégaie dans le sang et la cendre.
Appel à l’action immédiate
Les autorités militaires et civiles ne peuvent plus se contenter de communiqués laconiques. Il est temps de :
- Lancer des opérations de ratissage en profondeur pour débusquer l’ennemi dans ses retranchements forestiers.
- Renforcer les dispositifs de sécurité autour du site d’Epulu de manière pérenne.
- Anticiper plutôt que réagir, pour que le nom de Salate soit le dernier sur la liste des horreurs.
Le temps presse. Entre la survie des populations locales et la préservation de notre patrimoine mondial, il n’y a plus de place pour la léthargie. Monsieur le Gouverneur, Monsieur le Ministre de la Défense : Epulu vous regarde. L’histoire vous jugera sur votre capacité à empêcher le retour des fantômes de 2012.
Andy Kambale Matuku


