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ÉDITORIAL | Ebola à Mambasa : le colonel Maxime Pombwa Tshishimbi ne peut pas être le seul à faire respecter les mesures

La lutte contre la maladie à virus Ebola est avant tout une course contre la montre. Chaque jour gagné dans la prévention peut éviter de nouvelles contaminations. Chaque relâchement, en revanche, peut coûter des vies. C’est pourquoi les mesures prises par les autorités ne doivent souffrir d’aucune complaisance.

À Mambasa, une évidence s’impose : le colonel Maxime Pombwa Tshishimbi, administrateur militaire adjoint du territoire, est aujourd’hui l’une des figures les plus visibles de la riposte. Pendant que certains se contentent de commenter l’évolution de l’épidémie, lui sillonne le territoire, réunit les acteurs de la riposte, sensibilise les leaders communautaires et renforce la vigilance dans les zones les plus exposées, notamment à Yedi, localité voisine de Mongbwalu, l’un des principaux foyers de l’épidémie en Ituri.

Sa démarche est celle d’une autorité qui a compris que la première bataille contre Ebola est celle de la proximité avec la population. Expliquer, convaincre, rassurer et prévenir demeurent les armes les plus efficaces contre la peur, les rumeurs et la désinformation.

Mais un constat dérange.

Le gouverneur militaire de l’Ituri a pris un arrêté interdisant les rassemblements de plus de cinquante personnes. Cette décision n’est pas un simple conseil. Elle constitue une mesure de santé publique destinée à limiter les risques de propagation du virus.

Pourtant, plusieurs rassemblements continuent de se tenir dans la cité de Mambasa. Des concerts ont été organisés, d’autres sont annoncés dans les prochains jours. Chaque semaine, certaines églises accueillent des fidèles en très grand nombre. Plus récemment encore, un important événement sportif s’est déroulé à quelques mètres seulement du palais de justice de Mambasa.

Ces situations, largement observées par la population, alimentent une question que beaucoup se posent : pourquoi les mesures édictées ne semblent-elles pas être appliquées avec la même rigueur partout ?

Si ces rassemblements dépassaient effectivement le seuil fixé par l’arrêté provincial, leur tenue sans intervention apparente des services compétents interroge inévitablement sur l’effectivité des contrôles. Où étaient les services de la Police nationale congolaise ? Pourquoi aucune mesure visible n’a-t-elle été prise pour faire respecter les décisions de l’autorité provinciale ? Quel rôle joue le parquet dans le suivi des éventuelles violations de ces dispositions ?

Ces interrogations sont d’autant plus légitimes que la lutte contre Ebola ne relève pas uniquement des médecins ou des équipes de riposte. Elle engage toute l’administration publique. Une décision administrative qui n’est pas appliquée perd progressivement son autorité. Pis encore, elle nourrit chez les citoyens le sentiment que certains peuvent s’en affranchir sans conséquence.

Cette impression est dangereuse. Car elle fragilise les efforts des agents de santé qui demandent quotidiennement à la population d’accepter des mesures parfois contraignantes, comme les enterrements dignes et sécurisés, les prélèvements d’échantillons ou encore le suivi des contacts.

On ne peut exiger des sacrifices de la population tout en laissant prospérer des rassemblements qui semblent contraires aux mesures en vigueur. La cohérence est indispensable. La loi doit être la même pour tous.

Le colonel Maxime Pombwa Tshishimbi montre, par son engagement, que l’administration territoriale prend cette menace au sérieux. Son action mérite d’être saluée. Mais elle ne produira pleinement ses effets que si elle est accompagnée d’une implication tout aussi résolue de la police, de la justice et de l’ensemble des services de l’État.

Face à Ebola, il ne peut y avoir de spectateurs. Chacun est comptable de sa mission. Les autorités sanitaires soignent. L’administration coordonne. La police fait respecter les mesures. La justice veille à leur application. Lorsque l’un de ces maillons fait défaut, c’est toute la chaîne de la riposte qui se fragilise.

Mambasa n’a pas besoin d’une mobilisation à moitié. Elle a besoin d’un État uni, cohérent et déterminé. Le virus, lui, ne fait aucune différence entre les institutions. Il profite simplement de leurs faiblesses.

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