EnvironnementFilière cacao en Ituri : entre espoirs économiques et menaces grandissantes

Filière cacao en Ituri : entre espoirs économiques et menaces grandissantes

Paradoxalement florissante et menacée, la culture du cacao dans la province de l’Ituri vit une période charnière. Vue comme une alternative économique durable dans certaines chefferies, notamment en territoire de Mambasa, cette filière attire de plus en plus de petits exploitants. Mais les nuages s’amoncellent au-dessus des plantations, sous l’effet conjugué des nouvelles normes européennes sur la déforestation, de l’empiètement illégal dans les zones protégées et d’un encadrement agricole encore insuffisant.

L’Europe serre la vis contre la déforestation importée

Depuis fin 2023, l’Union européenne a adopté un règlement interdisant l’importation de produits liés à la déforestation. Le cacao figure parmi les sept matières premières ciblées. Concrètement, à partir de fin 2024, tout exportateur devra prouver que son cacao n’a pas été cultivé sur des terres déboisées après 2020.

Pour les producteurs d’Ituri, cette réglementation est à la fois un défi et une opportunité. Un défi, car il n’existe à ce jour aucune base de données fiable sur les zones de culture, et peu de producteurs sont formés à la traçabilité ou aux pratiques agroécologiques. Une opportunité, car les cacaos produits dans les zones préservées pourraient, à terme, avoir plus de valeur… à condition d’être bien identifiés.

Des plantations qui empiètent sur la Réserve de Faune à Okapis

Le plus grand danger vient cependant de l’intérieur : l’expansion anarchique des plantations dans des zones sensibles, y compris à l’intérieur de la Réserve de Faune à Okapis (RFO). Plusieurs enquêtes locales révèlent que des centaines d’hectares de cacao sont plantés illégalement dans le périmètre de la réserve.

Cet empiètement ne met pas seulement en péril la biodiversité exceptionnelle de la RFO, il risque aussi d’exclure toute la région des circuits d’exportation. Si les cacao-champs sont associés à la déforestation illégale ou au non-respect des aires protégées, les acheteurs internationaux, notamment européens, pourraient simplement les boycotter.

Manque de politique agricole cohérente

Le succès relatif de la culture du cacao en Ituri repose aujourd’hui sur des initiatives locales ou privées, souvent sans appui structuré de l’État. Il manque :

  • une cartographie claire des zones agricoles admissibles,
  • des mécanismes de certification et de contrôle,
  • et une sensibilisation à grande échelle sur les normes internationales.

Sans un cadre rigoureux, les producteurs risquent de perdre des débouchés importants, alors même que le cacao est perçu comme une culture de paix et de relèvement économique dans cette province meurtrie par les conflits.

Quelles solutions

Pour sauver la filière cacao en Ituri, plusieurs actions sont urgentes :

  1. Lancer une cartographie participative des plantations, pour identifier celles situées hors zones protégées.
  2. Former les producteurs aux bonnes pratiques agricoles et aux exigences internationales.
  3. Renforcer les contrôles contre l’implantation dans la RFO, tout en accompagnant la reconversion des cultures illégales.
  4. Créer une plateforme locale de traçabilité avec l’appui des ONG, des coopératives et des partenaires techniques.

Conclusion

Le cacao peut être une chance pour Ituri, mais à condition qu’il soit durable, traçable et respectueux de l’environnement. L’heure n’est plus à l’improvisation. Sans une gouvernance rigoureuse de la filière, les efforts des producteurs pourraient s’écraser contre la barrière invisible du commerce international.

Et ce sont les petits planteurs, pourtant porteurs d’un espoir de stabilité, qui en paieraient le prix fort.

Andy Kambale Matuku

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