Dans la Réserve de Faune à Okapi (RFO), le nom de Delphin Bilua Babanote revient souvent lorsqu’il est question de gouvernance locale et de conservation participative. Anthropologue de formation et cadre confirmé de la Wildlife Conservation Society (WCS), il occupe depuis plusieurs années une place centrale dans les initiatives liant biodiversité, communautés locales et gestion durable des ressources naturelles.
« Je suis profondément attaché à la protection de la biodiversité de la RFO et à l’amélioration des conditions de vie des communautés locales et des peuples autochtones », affirme-t-il, résumant ainsi l’esprit qui guide son parcours.
Un spécialiste formé sur le terrain
Né en 1989 à Mandima, dans le territoire de Mambasa, Delphin Bilua décroche une licence en Anthropologie à l’Université de Kinshasa avant de retourner dans sa région d’origine. Très tôt, il s’intéresse déjà à la conservation. Alors qu’il était encore étudiant, s’engage dans des travaux de recherche et d’appui communautaire, d’abord comme stagiaire dans une institution de conservation des grands singes, spécifiquement l’espèce Bonobo à Lola ya bonobo. Après cette période de stage, il a été maintenu comme Assistant de recherche de Duke University, pour le compte du département d’anthropologie évolutionnaire dont le travail était centré sur l’étude l’intelligence des grands singes et la relation mère-enfants chez les bonobos. Le natif de Mandima rejoint la WCS où il débute en 2015.
Six ans plus tard, il occupe des responsabilités clés dans la mise en œuvre du programme Sustainable Wildlife Management (SWM), pour lequel il coordonne les études de terrain, le suivi des prélèvements de chasse, la cartographie participative et le renforcement des structures locales de gouvernance.
« Ces expériences m’ont permis de développer une compréhension fine des dynamiques sociales, culturelles et institutionnelles propres à la RFO », explique-t-il.
Coordination, dialogue et participation
Delphin Bilua s’est progressivement imposé comme l’un des interlocuteurs privilégiés entre la WCS, les autorités traditionnelles et les populations riveraines. Son travail incorpore une dimension essentielle : l’intégration des peuples autochtones et la prise en compte des aspects genre dans les modèles de gouvernance locale.
En 2024, Delphin Bilua se verra confier l’intérim du Chef de Département de la Conservation Communautaire, un poste qui lui confie la coordination des équipes, la planification des activités et la liaison technique avec la direction de la RFO. Cette fonction renforce son rôle dans l’accompagnement des Communautés Locales pour la Gestion des Ressources Naturelles, la formation, ainsi que la co-construction des règles de gestion durable.
Il le rappelle : « La durabilité des actions de conservation repose sur la gouvernance locale, la transparence et la participation ».
Un engagement aussi académique
Parallèlement à ses fonctions au sein de la RFO, Delphin Bilua enseigne la sociologie, l’anthropologie générale et l’étude des cultures africaines à l’Institut Supérieur Pédagogique de Mambasa. Une activité qui renforce son rôle de passeur entre recherche, pratique de terrain et transmission des savoirs.
Son message à la jeunesse est sans ambiguïté :
« Il faut croire en ses capacités… travailler durement, car il n’y a que le travail assidu qui vous propulsera vers la grandeur. Et toujours avoir foi en Dieu. »
Un acteur incontournable de la conservation en Ituri
Aujourd’hui, Delphin Bilua continue de jouer un rôle déterminant dans les efforts de conservation en Ituri. Son expertise, à la croisée de l’anthropologie, de la gestion communautaire et du suivi des projets, fait de lui un acteur essentiel dans la mise en œuvre des approches participatives à la RFO.
Son parcours illustre la montée en puissance de cadres locaux capables d’articuler conservation, inclusion sociale et gestion durable — un enjeu majeur pour l’avenir écologique et communautaire de l’Est de la RDC.


